Dons et secrets !
Le secret
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26 Décembre 2007 à 21:56 dans
- Personnes avec dons !
Ecouter cette émission en suivant le lien ci-dessous
http://www.rsr.ch/la-1ere/de-quoi-j-me-mele#dimanche
Francine Del Coso cherche à comprendre l'incroyable succès des guérisseurs.
Enquête auprès de faiseurs de secret, ainsi qu'au CHUV, lors d'un cours consacré à la médecine populaire.
Nouvelle diffusion de l'émission du 25 novembre 2007.
Faire le secret, en Suisse romande, signifie, avoir recours au guérisseur. Une pratique mystérieuse qui permet de soulager, entre autres maux, les brûlures, les entorses ou les hémorragies.
Les guérisseurs ne sont pas qu'à la campagne
Depuis la nuit des temps, les autorités politiques, médicales ou religieuses ont mené la vie dure à cette médecine populaire, elle a pourtant survécu aux bûchers du Moyen-Âge.
Et au 21e siècle, loin de l’image du vieux paysan, rustre et isolé dans sa ferme jurassienne, les guérisseurs, souvent jeunes, habitent en ville et en région protestante!
A Genève, on les nomme coupeurs de feu, ils sont encore, selon les régions, leveurs de maux, panseurs ou charmeurs de secret. Et les listes de leurs noms, toujours remises à jour, circulent sur Internet.
Comment expliquer la force de survivance du secret, l’incroyable succès des guérisseurs?
Transmettre son secret
L’une des raisons réside sans doute dans la transmission. Les rituels changent, mais une obligation traverse les lignages: Il faut transmettre à plus jeune que soi.
De quoi j’me mêle s’est immergé dans le monde de la médecine populaire, en suivant les gestes d’un homme, Jean-Mary Grezet, ancien champion cycliste, devenu guérisseur.
Il y a 10 ans, un paysan a perçu en lui un homme « qui a le cœur dans la main », il a alors choisi de lui transmettre son secret.
La formation initiatique a remplacé la formation académique et aujourd’hui Jean-Mary Grezet soigne sur sa table de massage des patients, fascinés par ses mains.
D’autres guérisseurs travaillent par téléphone, comme André, employé de banque, fondé de pouvoir et politicien, aujourd’hui à la retraite. Il a aménagé un petit coin de sa villa pour répondre à plus de mille appels annuels. Pour lui, les formules de guérison importent peu.
Pour Mireille, au contraire, la formule est plus que précieuse et elle conserve soigneusement les 3 formules que sa mère lui a remises dans une enveloppe alors qu’elle n’avait pas encore 30 ans.
Et au milieu de la vie et des bruits de sa famille, elle se concentre pour couper le feu ou stopper une hémorragie. Gratuitement. Et l’absence de reconnaissance sociale lui importe peu.
Aussi au CHUV
Pour ce reportage, De quoi j’me mêle a également suivi au CHUV, avec les étudiants de 4e année en médecine, un cours consacré à la médecine populaire et aux faiseurs de secret.
Surpris, voire interloqués, certains étudiants se disent ouverts peut-être, parfois, à « partager » avec d’autres leurs patients.
Et ce n’est pas une rumeur, les grands hôpitaux de Suisse romande, seuls à le faire en Europe et depuis plusieurs années déjà, ont à disposition dans les services d’urgences ou les centres de grands brûlés, les listes des guérisseurs.
Après les bûchers du Moyen Age, le secret semble bien survivre à la technologie médicale de pointe de ces vingts dernières années…
Livres de référence:
Le mythe du guérisseur-blessé dans les médecines populaires comme fondement archétypique de la relation d'aide, de Charles Chalverat, In psyché et société, Cahiers de psychologie analytique, Georg, Genève.
Les "coupe-feu" dans le canton de Genève, de Chloé Petit-Pierre, Mémoire de licence, Université de Neuchâtel, Institut d'ethnologie.
Le "secret" dans le Canton du Jura, de Nathalie Fleury, mémoire de fin d'études, Université de Lausanne, Institut d'anthropologie et de sociologie.
Reportage: Francine del Coso
Présentation: Muriel Mérat
Réalisation: Patrick Lenoir