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Le secret...!

Livre secret Romandie

Pour mieux comprendre le monde du " secret "

Je vous invite à le lire .

Bravo Magalie.

 


Le secret !

Voilà un article paru sur la liberté de Fribourg

Un livre vient de paraître aux éditions Favre, Magali Jenny

" Les faiseurs de secret en Suisse Romande "

La Liberté de Fribourg http://www.laliberte.ch/?contenu=articleh&article=40558

Association des médecins Genevois !

L'IRRÉSISTIBLE ASCENSION DES GUÉRISSEURS
De plus en plus de gens font appel à  des guérisseurs, des faiseurs de secret ou des rebouteux. En Suisse romande, leurs pratiques sont revenues à  la mode depuis une dizaine d'années. Dans le canton de Fribourg, ils sont plus d'une trentaine à  exercer à  plein-temps. L'ethnologue Magali Jenny s'est penchée sur ce phénomène. Elle sort aujourd'hui un livre passionnant sur le sujet. Où l'on apprend que les meilleurs faiseurs de secret sont sollicités jusqu'à  50 fois par jour. Et qu'à  Fribourg, la question n'est plus taboue.
PROPOS RECUEILLIS PAR SAMUEL JORDAN


Autrefois peu reconnus, voire décriés, les guérisseurs font un retour en force à  Fribourg et en Suisse romande. Dans le canton, ils sont désormais plus de trente à  exercer à  plein-temps. «On pourrait croire que ces pratiques qui datent d'une autre époque ont disparu, mais c'est tout le contraire: depuis dix ans, elles deviennent de plus en plus à  la mode», explique la chercheuse Magali Jenny.L'ethnologue fribourgeoise a travaillé plusieurs années sur le sujet. Elle vient d'achever un ouvrage passionnant, «Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande», qui sort aujourd'hui en librairie. Celle qui est doctorante à  la chaire de science des religions de l'université de Fribourg s'entretient avec «La Liberté» sur ce surprenant phénomène contemporain.

Dans notre imaginaire, le terme de guérisseur est un fourre-tout, un sujet à  raillerie. Que signifie-t-il vraiment?
Le guérisseur est une personne qui soigne et soulage en puisant dans le savoir et la médecine populaires. Le terme regroupe trois catégories: les rebouteux, ceux qui remettent «bout à  bout» les articulations, les muscles et les tendons; les magnétiseurs qui utilisent leur magnétisme personnel pour soigner, le plus souvent par imposition des mains; et enfin, les faiseurs de secret (ndlr: voir ci-après).

Selon vous, les Fribourgeois et les Romands en général font de plus en plus appel aux guérisseurs. Sur quels chiffres vous basez-vous pour affirmer cela?
Qui n'a pas dans son entourage quelqu'un qui a fait appel à  un guérisseur pour soigner ou soulager une entorse, une brûlure ou une douleur chronique? D'après mes recherches, j'estime que plus de 50% des Fribourgeois ont déjà  eu recours à  l'un d'eux. Dans ce chiffre, on trouve légèrement plus de femmes que d'hommes, de tous âges et, fait exceptionnel, de toutes les professions et couches socioculturelles. Et le phénomène va en s'amplifiant, séduisant aussi bien les Suisses que les étrangers.

Mais alors, d'où vient cet engouement?
Beaucoup de gens sont déçus par la médecine traditionnelle qui soigne une partie du corps ou une maladie, mais pas l'ensemble. Et parce qu'on ne leur fournit pas toujours des explications vulgarisées, certains se sentent mal compris et cherchent des interlocuteurs qui parlent le même langage. Il y a aussi l'aspect financier. S'il existe la possibilité de faire disparaître une verrue en un seul coup de fil et sans douleur, pourquoi ne pas essayer? Ceux qui consultent des guérisseurs veulent mettre toutes les chances de leur côté, en complément à  la médecine. D'autant plus qu'aujourd'hui, on n'a plus honte de dire que l'on consulte un guérisseur. Enfin, il y a l'effet retour aux sources, à  la nature. Dans un monde de plus en plus cartésien, les gens sont friands d'expériences que l'on ne peut pas forcément expliquer.

On dit même que des listes de guérisseurs circulent dans la plupart des hôpitaux romands...
Ceci n'est pas une légende, je vous l'assure. Le service des grands brûlés du CHUV à  Lausanne déclare officiellement faire appel à  des faiseurs de secret. Et je sais qu'il existe de telles listes aux urgences à  Fribourg. J'ai recueilli de nombreux témoignages à  ce sujet.

Est-ce à  dire que médecine classique et guérisseurs marchent désormais main dans la main?
Même si les guérisseurs étaient là  bien avant les médecins, ces derniers n'ont eu de cesse de discréditer les premiers et d'en faire des charlatans. Depuis quelques années, les relations entre les uns et les autres se sont pourtant améliorées. Car en définitive, tous ont le même but: soulager les souffrances. Plutôt que de concurrence entre médecins et guérisseurs, on peut désormais parler de complémentarité. Par exemple, il est vraiment rare qu'un guérisseur ne conseille pas de consulter un spécialiste quand il détecte un grave problème de santé.
Pourtant, on ne peut pas s'empêcher de penser que guérisseur rime aussi avec imposteur; comment éviter les charlatans?
L'aspect financier doit faire tilt. Si un faiseur de secret vous demande une grosse somme d'argent, c'est louche. Et attention au rebouteux ou au magnétiseur qui pratique des tarifs en dehors de la fourchette habituelle qui va de 50 à  150 francs de l'heure... Il faut en outre se méfier des promesses hâtives et faire attention aux diagnostics catégoriques. Enfin, les guérisseurs ne devraient jamais demander à  ceux qui les consultent d'arrêter des traitements prescrits par des médecins.

Magali Jenny, «Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande», avec répertoire d'adresses, Ed. Favre, 2008.

Tout ce que vous voulez savoir sur le «secret»

Les faiseurs de secret?


Il s'agit d'une catégorie de
guérisseurs qui soignent à distance, le plus souvent par téléphone. On les appelle aussi «panseurs de secret», «diseurs de secret» ou simplement «ceux qui ont le secret». Fribourg est une terre particulièrement concernée par ce phénomène. Selon Magali Jenny, ils sont plus de 300 à pratiquer dans le canton et à recevoir en moyenne deux à trois requêtes par jour. Dénominateur commun: tous croient à une force supérieu- re et la plupart sont d'obédience catholique. Une cinquantaine parmi eux forment l'aristocratie des faiseurs de secret fribourgeois. Ce sont ces derniers qui figurent généralement sur les listes des hôpitaux. Les plus réputés sont sollicités entre 40 à 50 fois par jour. «Ils le font par devoir, mais leur vie peut vite se transformer en enfer, à force d'être disponibles 24 heures sur 24». Il existe plusieurs catégories de secrets. Les plus répandus sont ceux contre les brûlures et les hémorra- gies. Viennent ensuite ceux contre les entorses, les verrues, les problèmes de peau et les dents de bébé douloureuses.

Mais qu'est-ce exactement qu'un secret?
Il s'agit d'une formule à base religieuse - accompagnée de «Pater» et de «Ave» et de signes de croix, qui se réfère le plus souvent à un saint. On la récite, soit dans sa tête, soit à voix basse ou en marmonnant. Deux exceptions à cela: les verrues et les objets perdus. Pour les premières, la formule ou le rituel - il en existe plusieurs comme celui qui consiste à frotter la verrue avec du lard - est clairement païen- ne. Quant aux objets perdus, le radiesthésiste procède à l'aide d'un pendule.
Contrairement à la croyance, un secret peut se transmettre à plusieurs personnes. Seule règle: il doit être révélé à quelqu'un de plus jeune. Les qualités requises pour faire un bon faiseur de secrets? «Le don de soi, l'obligation d'être à disposition, la bonne conduite et l'empathie», précise Magali Jenny. Donner son secret ne signifie pas non plus qu'on le perde automatiquement.
Pour ce qui est de la transmission, il n'existe pas de cérémonie particulière. Elle peut s'opérer dans n'importe quel endroit, la formule se passant oralement ou sur un bout de papier - qui doit ensuite être impérativement détruit. «Mais recevoir le don du secret ne signi- fie pas obligatoirement que cela fonctionnera.»
Et le recours aux faiseurs de secret, payant, gracieux, à la tête du client? «En principe, c'est un service gratuit. Au Jura, on pense que le simple fait de dire merci et de parler d'argent annule les effets de la formule. A Fribourg, en revanche, certains acceptent des petites rétributions, en nature ou en espèces».
Samuel Jordan